Les critères qui guident le choix d’une matière
Outil gratuit : estimez la masse d’un brut (plaque, rond, tube…) selon la matière avec notre calcul de la masse d’une pièce.
On choisit une matière pour sa fonction, pas par habitude. Cinq questions permettent de réduire rapidement la liste :
- Quelles sollicitations ? Résistance, rigidité, dureté, usure, fatigue.
- Quel environnement ? Corrosion, température, produits chimiques, contact alimentaire ou médical.
- Quelle masse ? L’aluminium pèse environ un tiers de l’acier (2,7 g/cm³ contre 7,85), les plastiques techniques encore moins.
- Quelle transformation ? Soudage, traitement thermique, traitement de surface : toutes les nuances ne s’y prêtent pas.
- Quel budget ? Le prix de la matière, mais surtout le temps d’usinage qu’elle impose.
Décrivez la fonction dans votre annonce : l’atelier d’usinage CNC pourra confirmer votre choix ou proposer une nuance plus économique.
Quelques arbitrages courants
- Un support léger, usiné vite : un alliage d’aluminium plutôt qu’un acier.
- Une pièce exposée aux embruns : un inox 316L ou un 5083 plutôt qu’un S235, même peint.
- Un galet ou une glissière silencieuse : un POM ou un PA6 plutôt qu’un métal, si le bruit et la lubrification comptent.
Aluminium : 2017A, 5083, 6061/6082, 7075
L’aluminium usine vite, se traite bien en surface et allège les pièces. Le choix se joue sur l’alliage :
- 6082 ou 6061 : le choix par défaut. Polyvalents, soudables, anodisables. Le 6082 est plus répandu en Europe, le 6061 en Amérique du Nord ; ils sont souvent interchangeables, d’où l’intérêt de la mention « ou équivalent ».
- 2017A : plus résistant et très agréable à usiner, mais moins protégé contre la corrosion et peu soudable. Adapté aux pièces mécaniques usinées dans la masse.
- 5083 : pour la tenue à la corrosion, notamment en milieu marin, et pour la soudure. Il se trouve surtout en plaques et donne des copeaux longs à l’usinage.
- 7075 : quand la résistance prime (aéronautique, pièces très sollicitées). Il n’est pas soudable, coûte plus cher et résiste moins bien à la corrosion : une protection de surface est souvent nécessaire.
L’état métallurgique (par exemple T6 ou T651) fait partie de la désignation : précisez-le sur le plan.
Aciers et inox : S235, C45, 42CrMo4, 304L, 316L, 303
Aciers
- S235 : acier de construction courant, soudable et économique. Sa résistance est modeste et il n’est pas destiné à être trempé : platines, châssis, supports.
- C45 : acier non allié à carbone moyen, qui peut être trempé et revenu pour gagner en dureté. Le choix classique pour arbres, axes et pièces mécaniques ; son soudage est délicat.
- 42CrMo4 : acier allié chrome-molybdène, utilisé après trempe et revenu pour les pièces très sollicitées en fatigue (arbres, engrenages). À l’état traité il est plus dur à usiner : on usine souvent en ébauche, on traite, puis on finit ou on rectifie pour tenir les cotes malgré les déformations.
Inox
- 304L : l’inox standard, à bas carbone, soudable. Il s’écrouit à l’usinage, ce qui use les outils et allonge les temps par rapport à l’acier.
- 316L : le molybdène améliore la résistance à la corrosion par piqûres, notamment en présence de chlorures : milieu marin, chimie, pharmacie, médical. Il est plus cher que le 304L.
- 303 : enrichi en soufre pour faciliter l’usinage, il convient aux pièces tournées en série. En contrepartie, sa résistance à la corrosion est moindre et son soudage déconseillé.
Laiton et titane
Le laiton de décolletage (CuZn39Pb3) est l’un des métaux les plus faciles à usiner : copeaux courts, bel état de surface, bonne conductivité. Il est courant en raccords, robinetterie et contacts. Il contient du plomb : pour l’eau potable ou l’alimentaire, vérifiez les exigences applicables, des nuances sans plomb existent.
Le titane (grade 2 ou Ti-6Al-4V) allie légèreté (environ 4,5 g/cm³), résistance élevée, tenue à la corrosion et biocompatibilité. Il est difficile à usiner, car il évacue mal la chaleur et use les outils : prévoyez un coût matière et un temps d’usinage nettement supérieurs.
Le cuivre pur, apprécié pour sa conductivité électrique et thermique (barres de courant, dissipateurs), est mou et collant : il s’usine moins bien que le laiton.
Plastiques techniques : POM, PA6, PEEK, PTFE, PMMA, PEHD
Les plastiques techniques s’usinent dans des barres, plaques ou tubes. Ils se dilatent bien plus que les métaux, peuvent fluer sous charge et certains absorbent l’humidité : les tolérances serrées y sont plus délicates à tenir (voir le guide sur les tolérances).
- POM : rigide, stable, faible frottement. Le bon compromis pour les pièces mécaniques de précision.
- PA6 : résistant à l’usure et aux chocs, mais il gonfle en reprenant l’humidité : à éviter pour les ajustements serrés.
- PEEK : tenue en température (de l’ordre de 250 °C en usage continu), résistance chimique, stérilisable. Matière très chère.
- PTFE : frottement très faible et inertie chimique, mais mou et fluant : peu adapté aux pièces porteuses précises.
- PMMA : transparent et rigide, mais cassant ; il craque sous contrainte ou au contact de certains solvants.
- PEHD : économique, léger, bonne résistance chimique, peu rigide et très dilatable.
Tableau récapitulatif
Repères qualitatifs pour comparer les matières. Le coût relatif porte sur la matière brute (€ économique, €€€€ très élevé) ; il ne dit rien du temps d’usinage.
| Matière | Points clés et usages | Usinabilité | Coût |
|---|---|---|---|
| Alu 6061 / 6082 | Polyvalent, soudable, anodisable : bâtis, pièces mécaniques | Bonne | €€ |
| Alu 2017A | Résistant, peu soudable : pièces mécaniques | Très bonne | €€ |
| Alu 5083 | Corrosion marine, soudable : chaudronnerie, cuves | Moyenne | €€ |
| Alu 7075 | Très haute résistance, non soudable : aéronautique | Bonne | €€€ |
| S235 | Économique, soudable : châssis, platines | Correcte | € |
| C45 | Traitable thermiquement : arbres, axes | Correcte à bonne | € |
| 42CrMo4 | Haute résistance après traitement : engrenages, arbres | Moyenne à difficile | €€ |
| Inox 304L | Corrosion générale : agroalimentaire, capotage | Moyenne | €€ |
| Inox 316L | Chlorures, chimie, médical | Moyenne à difficile | €€€ |
| Inox 303 | Facile à usiner, peu soudable : pièces tournées | Bonne | €€ |
| Laiton CuZn39Pb3 | Raccords, contacts, robinetterie | Excellente | €€€ |
| Titane Ti-6Al-4V | Léger, résistant, biocompatible : aéronautique, médical | Difficile | €€€€ |
| POM | Rigide, faible frottement : engrenages, guidages | Très bonne | €€ |
| PA6 | Usure, chocs ; reprend l’humidité : galets, pignons | Bonne | €€ |
| PEEK | Haute température, chimie : médical, vide | Bonne | €€€€ |
| PTFE | Frottement très faible, inerte : joints, chemisages | Facile, précision délicate | €€€ |
| PMMA | Transparent, cassant : protections, vitrages | Bonne avec outils affûtés | €€ |
| PEHD | Léger, chimiquement résistant : bacs, guides | Bonne | € |
Impact sur le prix et la disponibilité
Le prix d’une pièce usinée additionne la matière, le temps de machine et les outils (voir le calcul d’un devis d’usinage). La matière la moins chère au kilo n’est donc pas toujours la moins chère à la pièce : un alliage qui s’usine vite peut compenser un prix au kilo plus élevé, alors qu’un inox ou un titane difficile à usiner augmente le temps de machine.
Deux autres leviers pèsent sur le coût. D’abord la dimension du brut : une pièce usinée dans la masse consomme une barre ou une plaque entière, dont une grande partie finit en copeaux. Une section proche des dimensions commerciales réduit le gaspillage. Ensuite le certificat matière (par exemple de type 3.1 selon NF EN 10204), utile pour la traçabilité mais à demander seulement si nécessaire.
Les matières à fortes contraintes internes (plaques épaisses, plastiques) peuvent se déformer après usinage : l’atelier prévoit alors une ébauche, un détensionnement puis une finition, ce qui ajoute du temps.
Côté disponibilité, les nuances courantes (6082, S235, C45, 304L, 316L, POM, PA6) se trouvent en stock chez les distributeurs. Les nuances spéciales, comme le titane, le PEEK ou le 7075 dans certaines dimensions, peuvent exiger des délais ou des quantités minimales.
Pensez à « ou équivalent ». Autoriser une nuance équivalente, ou demander à l’atelier de proposer la matière disponible la plus économique, réduit souvent les délais et le prix sans changer la fonction de la pièce.
Comment indiquer la matière sur un plan
Utilisez la désignation normalisée plutôt que le nom d’usage, avec l’état ou le traitement : « EN AW-6082 T6 », « S235JR (1.0038) », « 42CrMo4 +QT (1.7225) », « X2CrNiMo17-12-2 (1.4404) » pour un 316L, « POM-C ». Précisez si une nuance équivalente est acceptée et si un certificat est requis. Évitez les mentions ambiguës comme « alu » ou « inox » seuls : elles obligent l’atelier à vous recontacter, voire à chiffrer sur une hypothèse différente de la vôtre.
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Questions fréquentes
Quel alliage d’aluminium choisir pour une pièce usinée courante ?
Le 6082 ou le 6061 conviennent à la plupart des pièces : bonne résistance, soudables, anodisables et faciles à usiner. Le 7075 est réservé aux pièces très sollicitées, le 2017A aux pièces mécaniques non soudées, le 5083 aux ambiances corrosives comme le milieu marin.
Quelle différence entre inox 304L et 316L ?
Le 316L contient du molybdène, qui améliore la tenue à la corrosion par piqûres, surtout en présence de chlorures. Il convient au milieu marin, à la chimie ou au médical, et coûte plus cher. Le 304L suffit pour la plupart des usages intérieurs et agroalimentaires.
Pourquoi l’inox coûte-t-il plus cher à usiner que l’aluminium ?
L’inox est plus dur et s’écrouit à la coupe : il faut des vitesses plus faibles et les outils s’usent plus vite. Le temps de machine augmente donc, en plus du prix de la matière. L’inox 303, enrichi en soufre, s’usine plus facilement mais résiste moins bien à la corrosion.
Peut-on usiner avec des tolérances serrées dans un plastique ?
C’est possible mais plus délicat qu’en métal : les plastiques se dilatent davantage, fluent sous charge et certains, comme le PA6, absorbent l’humidité. Indiquez les conditions d’usage, limitez les tolérances serrées aux cotes utiles et discutez de la matière avec l’atelier.